8La porte fortifiée du village
La porte est le cœur de la défense de notre village. Nous l’avons transformée entre le temps de mon grand-père et le mien pour nous adapter aux changements dus à la guerre.
La première entrée est venue s’appuyer contre une maison déjà existante. Elle était dotée d’une porte en bois et sans doute d’une herse métallique qui passait sous une tour-porte de plusieurs étages. De ce bâtiment il ne reste aujourd’hui qu’un bout de mur qui bordait la porte.
Puis, la tour-porte est remplacée par un édifice moins haut mais bien plus vaste (36 m² au sol), la barbacane. Véritable corps de garde où se tient une petite garnison de soldats, elle fonctionne comme un sas. Tout individu et marchandise y passent pour accéder au village fortifié et sont alors systématiquement contrôlés. Simple, sûr et très efficace, ce dispositif renforcé de contrôle se répand pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453) pour répondre à l’insécurité permanente.
La guerre de Cent Ans et le besoin de fortifier le village
La seconde moitié du XIIIe et début du XIVe siècle correspond à une période de relative prospérité et aussi dans les Pyrénées. Il n’y a pas de conflits armés majeurs. On suppose que c’est pendant cette période que le village d’Izaut se densifie progressivement et que les maisons deviennent jointives. Mais il n’y a pas de fortification villageoise, c’est ce qu’on appelle un village ouvert. Mais la guerre de Cent Ans s’inscrit dans le temps long et conduit à une insécurité grandissante et durable dans tout le sud-ouest. C’est pourquoi les communautés villageoises s’organisent pour protéger leur vie et leur biens, leurs récoltes. Il en est de même à Izaut avec l’édification d’une fortification pour protéger le village.
Les seigneurs avaient jusque-là l’exclusivité de la construction de fortifications et de les entretenir. Mais la guerre de Cent Ans poussent les communautés villageoise et des bourgs à demander à leur seigneur, et au cas par cas, le droit de fortifier les villages avec leur propre argent. Elles n’ont les moyens qu’ont les nobles, aussi pour réduire les dépenses et construire rapidement, ils trouvent des solutions originales que l’on retrouve à Izaut. Tout d’abord, ils ne fortifient pas tout le village mais seulement un espace réduit. A Izaut, seules les maisons de la première terrasse entourant le château vont être intégrées dans le village fortifié. Cela représente environ 1/3 du village.
Puis, pour ne pas à avoir à édifier toute une ligne de rempart fort coûteuse, les maisons sont utilisées pour faire partie intégrante du mur d’enceinte.
Les parties manquantes, entre les maisons, sont comblées par la construction de tronçons de murs. Problème, les murs des maisons ne sont pas initialement prévues pour cela, leur épaisseur n’est pas suffisante. Une forteresse de 60 cm d’épaisseur paraît un peu juste. Heureusement certaines maisons comportent des murs jusqu’à 90 cm d’épaisseur.
Les tronçons de murs ajoutés pour former la ligne fortifiée, viennent condamner d’anciennes ruelles ou passages qui pouvaient servir à l’écoulement des eaux de pluie et usées. Des trous, ou autrement dit des exutoires, sont cependant systématiquement ménagés dans ces tronçons de mur afin de garantir l’écoulement des eaux.
Enfin, toujours par souci d’économie et de rapidité d’exécution, les murs ne sont pas particulièrement soignés, il est même étonnant de voir à quel point ils sont de piètre qualité. On peut même se demander si cette économie de moyen ne serait pas plutôt le reflet d’un manque de moyen.
Cette fortification faite de brique et de broc, rapidement exécutée et avec peu d’argent, permet de mieux comprendre pourquoi la porte fortifiée est l’endroit le plus important de la fortification villageoise. L’accent est mis sur le contrôle des gens et des marchandises qui entrent et qui sortent.
La fortification ainsi constituée n’est pas conçue pour résister à un long siège, elle a pour seul but de dissuader les routiers, bandouliers et autres pillards qui sont LES menaces principales. Ils font des passages ou restent rôder dans les régions où l’autorité seigneuriale est affaiblie. Ils ne sont équipés que de leurs armes personnelles et de leurs chevaux, pas d’arme de siège ou de jets.
Ce phénomène de mise en défense des communautés villageoises est très répandu dans toute la moitié sud de la France pendant la guerre de Cent Ans, entre 1350 et 1450. On les nomme les forts villageois.