Les années de recherches historiques menées dans le cadre des premières prospections archéologiques ont permis de comprendre l’importance du site à la fin du Moyen Âge.
Un développement inattendu en période de crise
D’un point de vue historique, il ressort que le château d’origine et le modeste village associé appartenaient au départ à la seigneurie locale d’Izaut. La plus ancienne mention d’un seigneur d’Izaut remonte à la fin du XIIe s. (Dominique en 1190). Mais quelques décennies plus tard, vers la moitié du XIIIe s., le comte de Comminges l’intègre à son domaine et en fait un de ses centres de pouvoir. Il érige le site à la tête d’une châtellenie, circonscription administrative comtale, qui, pour le haut Comminges comprend 27 seigneuries.
Le changement de statut du site contribue à l’essor conséquent du village au XIVe s., au point de devenir un bourg. Paradoxe étonnant, le castrum prospère et se développe pendant la guerre de Cent Ans, qui correspond pourtant à une période de crise profonde et durable. Le Comminges, comme d’autres régions, subit alors les conséquences de la guerre, conjuguées aux maladies dont la peste noire et au début du Petit Âge Glaciaire. Guerres, maladies, pauvreté et famines durent alors plus d’un siècle et marquent profondément les populations. De plus, à cette même période, le pouvoir comtal se délite en Comminges. Le territoire devient l’enjeu de puissances voisines qui veulent le récupérer (les maisons de Foix et d’Armagnac). Une guerre s’ajoute à une autre ! Le comté se maintient malgré tout mais ne se remettra jamais de cette crise. Après être passé un temps dans les possessions du comté de Foix, il finit par être réuni au domaine royal au milieu du XVe s.
Le Castet d’Izaut témoigne d’un dynamisme insoupçonné pour cette région en cette période de grands bouleversements ! Ceci s’explique sans doute par le fait que malgré le marasme économique et social, le pouvoir comtal est un des seuls cadres qui incarne encore un semblant de stabilité. Les centres de châtellenies comtales constituent les seuls centres pouvant garantir une sécurité pour leurs habitants et pour les échanges économiques.
L’abandon du site se produit progressivement dans le second tiers du XVe s. Cela se produit probablement à la suite du déplacement du chef-lieu de châtellenie à Fronsac, et parachevé par l’intégration du Comminges dans le royaume de France en 1454.
Pourquoi un site comtal à cet endroit ?
Plusieurs raisons incitent le comte de Comminges à créer un chef-lieu de Châtellenie à Izaut. La première consiste à favoriser le commerce en faisant passer les marchands et leurs denrées par les terres comtales.
Une nouvelle châtellenie pour diriger le haut Comminges
À la fin du XIIIe – début du XIVe s., les comtes réforment l’administration du haut Comminges. Le château de Fronsac, bien que possession comtale, n’était pas le siège d’une châtellenie. Izaut, devenu site comtal, devient le chef-lieu de cette nouvelle circonscription dont le rôle est de régir le haut Comminges. Il en est la tête de pont nord, dans un lieu stratégique : situé à la charnière entre haut et bas comté, avec un lien rapide avec les châtellenies du bas Comminges (Salies-du-Salat, Saint-Marcet, Aurignac). Les recherches futures viseront à vérifier l’hypothèse selon laquelle la châtellenie est dirigée non pas par un mais par deux castra : Izaut mais aussi Frontignes, qui se rapporte sans doute au site de Pourcinglos, dominant Frontignes-Antichan.
Favoriser une voie commerciale parallèle à la Garonne
Si de tout temps la vallée de la Garonne est une voie naturelle de communication entre l’Aragon et Toulouse, à la période féodale ces rives ne font pas partie du comté mais sont aux mains de divers seigneurs qui taxent les échanges. Les comtes de Comminges favorisent alors une voie parallèle et tout aussi rapide, suivant la vallée du Job en passant par Izaut, et sans aucun péage. Ce qui renforce encore l’importance stratégique du castrum d’Izaut. Depuis la sortie de la vallée de la Garonne à hauteur de Fronsac, plusieurs trajets peuvent être empruntés : celui passant par le bassin de Malvezie et celui par le Col des Ares et la vallée du Job. Le trajet est ponctué de châteaux qui sécurisent les marchands et les voyageurs empruntant ces voies. De plus, chacune des deux voies comporte un prieuré : Sainte-Anne de l’ordre prémontré, peu après le col des Ares, et Gesset de l’ordre bénédictin, après Malvezie. Il y a de fortes chances que le trajet passant par Izaut ait été le principal, favorisé par le pouvoir comtal.
Le succès de cette voie commerciale et le statut de chef-lieu de châtellenie comtale expliquent le développement important que connaît le village d’Izaut jusqu’à la fin du XIVe s.
Limiter l’expansion des seigneurs d’Aspet
À seulement 4 km d’Aspet, fief des seigneurs du même nom, le Castet d’Izaut s’inscrit dans un contexte de rivalité feutrée. Entre la fin du XIIe et le XIVe s., ces seigneurs, bien que vassaux des comtes de Comminges, étendent considérablement leur influence et leurs terres au sein même du comté. Leur ascension, perçue comme une menace par les comtes, ne doit pas éclipser leur autorité. En implantant leur pouvoir à Izaut, les comtes limitent ainsi l’expansion de leurs vassaux ambitieux en gardant la main sur la zone charnière entre le bas et le haut Comminges.
Les autres fortifications médiévales autour et en lien avec le Castet d’Izaut
Le maillage des fortifications en France est très serré. Les estimations fournissent un total de sites considérables : environ 1 à 1,5 site en moyenne par commune, ce qui ferait, en restant dans une fourchette large, entre 35 000 à 50 000 sites.
Si l’on prend les alentours d’Izaut, en traçant un cercle de 5 km depuis le Castet, on recense 8 fortifications :
- Aspet
- Grotte de Malvezie
- Castrum de Bouve
- Espugues
- Cazaunous
- Castel de l’Estelle
- Encausse-les-Thermes
- Campels
Ces sites sont à l’image de ce qu’on peut retrouver ailleurs dans beaucoup de secteurs. Ils témoignent d’une grande diversité dans leur implantation, leur fonction, mais aussi dans leur période d’occupation. Étroitement liés à la période féodale, qui s’étend du Xe au XVIe s., peu d’entre eux sont occupés pendant toute cette époque : certains datent du début et sont abandonnés précocement (Bouves), tandis que d’autres n’apparaissent qu’à la fin jusqu’à l’époque Moderne (Campels).
Les fortifications de nos régions, souvent à l’origine des villages et des villes, représentent un patrimoine inestimable. Les territoires actuels leur doivent encore beaucoup. Distinguer le vrai de l’imaginaire redonne à ces sites leur profondeur historique, un travail exigeant mais essentiel. Cette histoire se révèle bien souvent plus captivante que les légendes ou les « on dit ».
Les inventaires archéologiques permettent d’identifier de nombreux châteaux oubliés avec le temps. Dans le secteur du Castet d’Izaut, deux sites ont récemment été découverts : celui de Cazaunous, découvert en 2014 grâce aux habitants. Un défrichement a permis d’y observer une tour effondrée sur une motte, entourée d’une enceinte. L’autre site, Bouve, a été repéré en 2020 dans la forêt éponyme, près de Malvezie. L’archéologue Clément Venco et son équipe y ont mis au jour une modeste demeure seigneuriale, une chapelle et un petit village de quelques maisons à l’occasion de deux années de sondage (fouilles sous forme de fenêtres).


