Il a fallu attendre les trente dernières années pour que des recherches archéologiques commencent sur les fortifications médiévales du Comminges. Jusqu’ici, ces études se limitaient à des sondages ou des fouilles ciblées, comme à Salies-du-Salat, Mirabat, Montmaurin, etc. Le site d’Izaut-de-l’Hôtel est le premier à bénéficier d’un programme de recherche complet dans cette zone des Pyrénées centrales.
En 2011, la collaboration entre archéologues et l’association « Les 7 Collines » initie l’étude du site du Castet. Entre 2012 et 2014, une grande campagne archéologique est menée : débroussaillage, étude des bâtiments et des objets mis au jour. Un premier plan précis du site est établi, mesurant l’importance de l’habitat autour du château. L’étude de bâti du château (donjon, rempart et bâtiments) aboutit à un premier phasage et met en évidence une architecture assez complexe qui a beaucoup évolué au fil des siècles. Enfin, les recherches menées dans les archives sont l’occasion de retracer l’histoire des seigneurs d’Izaut et de leurs liens avec le comte de Comminges. À l’issue de ces deux premières campagnes, le site s’est révélé plus vaste, plus complexe, plus riche que ce qu’on imaginait !
Loin d’avoir dégagé de la végétation l’intégralité du site, les campagnes de débroussaillage, de prospection de terrain et de relevés topographiques se poursuivent jusqu’en 2021 (2019, 2020 et 2021), en parallèle des premières fouilles débutées en 2017.
En 2019, la prospection Lidar entreprise pour étendre l’étude à l’ensemble de la colline (32 ha), a permis d’identifier de nombreux vestiges médiévaux liés à l’occupation du castrum et d’époque Moderne : chemins anciens, terrasses agricoles, enclos, bâtiments isolés, un moulin et une carrière. En 2020 et 2021, les limites du village extra-muros sont dégagées, le plan du site finalisé et l’inventaire des vestiges achevé.
Les données recueillies, tout à fait conséquentes, permettent de tirer un bilan extrêmement positif de ces années de prospection.
Les fouilles archéologiques
Les fouilles archéologiques engagées depuis 2017 ont dégagé de terre des vestiges qui permettent de comprendre dans les grandes lignes l’évolution du site. La vaste superficie du site nécessiterait des décennies de fouilles pour comprendre en détail l’évolution du château, la mise en place de la trame urbaine, et la fonction de chaque bâtiment. Toutefois, les fouilles ont ciblé des endroits qui ont apporté les premières pistes pour mieux appréhender le site. Par ailleurs, l’étude des objets mis au jour apporte des renseignements précieux sur la façon de vivre à la fin du Moyen Âge dans ce type de site du piémont pyrénéen.
Les sondages dans le château et le village (2017 – 2021)
Un sondage archéologique consiste à explorer une zone limitée, souvent sous forme de tranchée, pour évaluer l’état de conservation des vestiges et le potentiel du site avant d’engager des fouilles plus étendues.
Le Castet d’Izaut a fait l’objet de quatre années de sondage :
- 2017 : au sein du château, l’exploration d’un angle du logis oriental révèle les fondations d’une porte du XIVe s. reliant le logis à la cour intérieure.
- 2018 : au sein du château, le sondage au niveau de la brèche de la courtine ouest met au jour des niveaux de chantier en lien avec la construction du rempart au milieu du XIIIe s., et une succession de niveaux d’occupation jusqu’au XVe s. (niveaux de sol, foyer, fosses de rejet et drain).
- 2019 : les trois sondages dans le village intra-muros démontrent que la majorité des habitats sont antérieurs au rempart. En effet, ce dernier est édifié en reliant les maisons existantes par des tronçons de mur. Ces fouilles apportent aussi des informations précieuses sur la diversité des techniques de construction et livrent un mobilier archéologique abondant et varié, d’un grand intérêt scientifique et muséographique.
- 2021 : deux sondages et une étude approfondie du bâti du donjon sont réalisés. Deux maisons du village extra-muros, datées de la seconde moitié du XIIIe siècle et occupées jusqu’au XIVe s., sont explorées : murs, sols et mobilier attestent leur ancienneté. Le cœur du château, incluant le donjon et le bâtiment ouest, est aussi étudié. Grâce à des travaux de consolidation, le plan de la tour et son évolution sont précisés. Le sondage confirme l’existence du logis ouest, mais surtout la conservation de l’intégrité de son rez-de-chaussée sous les importants décombres, motivant sa fouille complète en 2022.
La fouille du logis ouest et ses abords côté cour (2022 – 2025)
La fouille programmée sur plusieurs années porte sur le logis seigneurial au sein du château. Entièrement protégé sous l’éboulis de démolition du donjon, le dégagement du bâtiment a fait apparaître des cloisons, mais aussi une grande quantité de mobilier et de vestiges alimentaires. La compilation de ces données permet de comprendre l’organisation, la succession des occupations et la fonction des espaces. Ce qui est mis au jour correspond aux cuisines, comportant deux foyers, l’autre moitié étant occupée par trois petites pièces servant au stockage des denrées. Le bâtiment est ensuite abandonné un temps et se transforme en grand dépotoir, très riche en mobilier archéologique. Un nombre important de restes en tout genre, dont de nombreux objets métalliques de grande valeur archéologique, sont mis au jour : des serrures, des outils (serpe, tenaille, couteaux, louche, etc.), mais aussi du matériel équestre (éperon, étrier, mors, etc.), de l’armement (pique d’arme d’hast, pommeau d’épée, nombreux fers de trait), ainsi que des objets de parure (ceintures, bagues, etc.) et enfin, un objet unique exhumé en fouille, une croix décorée portant un Christ couronné (objet inscrit depuis sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques). Puis, la dernière occupation du bâtiment prend place sur ces rejets, avec un nouveau cloisonnement et d’autres foyers.
Dans l’autre zone de fouille, l’espace au-devant du logis donnant sur la cour du château, quatre bâtiments en matériaux périssables (ossature bois, torchis, etc.) se succèdent, dont un détruit par un incendie. Le dernier bâtiment correspond sans doute à une coursive donnant accès aux différents étages du logis et du donjon.
Le formidable potentiel du site ne s’arrête pas là, il concerne d’autres vestiges, plus fugaces, mais très enrichissants. En effet, des milliers de graines carbonisées ont été mises au jour et d’autres prélèvements sont encore à étudier. De plus, des fragments de tissus, également carbonisés, ainsi que des restes de pâte alimentaire ont été identifiés. Enfin, certains fonds de céramiques comportent encore des résidus de cuisson d’aliments. Un programme d’étude sur l’alimentation et le lien entre le site et son environnement se poursuit.

